GALERIE 155.
Oiseaux de bon augure
Corbeaux, c’est encore un spectacle qui m’échappe. Il n’est jamais fini. Chacune de ses représentations est exceptionnelle car elle est bâtie sur des ateliers de travail et sur la rencontre entre des communautés a priori éloignées.” Depuis le Maroc, Bouchra Ouizguen se prépare à jouer pour la première fois en Suisse la chorégraphie qui étonna Marrakech en 2014, lors de la Biennale d’Art Contemporain: sa création eut lieu sur le parvis de la gare, au plus près de la vie, honorant l’“élan brut” avec lequel la danseuse imagina son œuvre.
En tout, une vingtaine de danseuses, musiciennes et comédiennes vêtues de noir composent ces “corbeaux” assaillant le public par leurs cris et leurs rythmes. La chorégraphie se veut intime et universelle, captivante et oppressante, cherchant la confrontation également au sein même de la troupe: à la Cité, une moitié des "oiseaux" aura été choisie en Suisse par Bouchra Ouizguen, en collaboration avec le Festival de la Cité et le Belluard festival de Fribourg. “L’idée est de faire rencontrer “ma” troupe que je connais depuis dix ans avec un groupe bien plus hétéroclite en termes d’âges et d’origines. On ne recherche pas le confort, on veut vivre à chaque fois une expérience forte et différente.” 
Surtout, ne pas chercher dans la composition strictement féminine de la troupe un manifeste, politique, féministe. “Juste une sensibilité artistique en partage”, affirme la danseuse. Avec au bout du “conte” (Corbeaux s’inspire de la littérature persane du moyen-âge) une réhabilitation du fou, de la joie brute, des rituels marocains qui agitent les nuques et secouent les corps et les lient, par-delà les continents, en une transe immémoriale.

Guy Clerc @ Images Archives.